

La soirée commence avec "Hail To The Chief", mais pas sur son ton habituellement patriote, plutôt comme un étrange air de carnival, et ce n'est pas pour annoncer l'entrée du Président mais de ses prétendants-assassins. C'est une fête foraine, en face d'un stand de tir arborant un grand panneau: "Tirez sur le Président - des prix à gagner". Alors que le Propriétaire racolle les passants, huit personnages s'approchent un par un pour tenter leur chance, ce sont les assassins tirés de l'histoire des Etats-Unis sur ces cent dernières années. C'est un groupe hétérogène: l'un d'eux est habillé en costume du XIXème siècle, un autre est déguisé en Père Noël de grands magasins. On donne à chacun son propre revolver distinct, l'ultime moyen de protestation politique préféré aux Etats-Unis. EVERYBODY'S GOT THE RIGHT (Tout le monde a le droit) affirme le Propriétaire. Tout le monde a le droit de réaliser ses rêves: n'est-ce pas la vie américaine?
Le dernier arrivé est John Wilkes Booth, qui utilise rapidement son arme nouvellement acquise sur le Président Lincoln. Alors que le coup fatal résonne encore, le Narrateur s'avance pour chanter THE BALLAD OF BOOTH. Enfermé dans une grange à tabac avec son complice David Herold, Booth est décidé à clamer au grand jour sa version des faits: il n'est pas un simple criminel, ni un fou, mais quelqu'un qui a fait celà pour son pays, qui a supprimé le tyran comme Brutus l'a fait. Alors que Booth meurs, la ballade au banjo du Narrateur vient à préciser que grace à Booth, Lincoln, qui n'avait reçu jusqu'à présent que des critiques mitigées ne recevait plus désormais que des éloges.
Les autres assassins se trouvent dans un bar. "Est-ce que Nixon est venu?" demande Samuel Byck, encore dans son costume de Père Noël. Mais il semble que Nixon ne soit pas encore venu. Booth est de retour, juste à temps pour entendre Giuseppe Zangara se plaindre des douleurs dans son estomac. Booth lui suggère l'assassinat de Franklin D. Roosevelt. "Ça m'aidera à appaiser mes douleurs?" demande Zangara. Mais la tentative de Zangara échoue et à la place il tue Cermak, le maire de Chicago. Regroupés autour des micros d'une radio dans le parc du front de mer de Miami, une poignée de passants s'exprime, au son d'une marche composée par Sousa "HOW I SAVED ROOSEVELT" (Comment j'ai sauvé Roosevelt), pendant que Zangara, sur sa chaise électrique, insiste sur le fait qu'il n'est ni de gauche ni de droite, qu'il est juste un "rien d'Américain". La chanson s'achève sur le crépitement du courant sur la chaise.
Quarante ans plus tard, dans les années soixante-dix, Sara Jane Moore et Lynette "Squeaky" Fromme se retrouvent au KFC, elles discutent des méfaits de la restauration rapide. Elles ne sont pas très abiles avec une arme, mais au moins elles en ont une. "Il faut beaucoup d'hommes pour faire un revolver" dit Leon Czolgosz, un ouvrier travaillant dans une verrerie en contemplant le sens et la puissance de son arme. Dans THE GUN SONG, Czolgosz, Moore, Booth et Guiteau identifient les avantages des armes à feu: il suffit de bouger un doigt pour changer le monde. Les autres errent au loin, laissant Czolgosz seul penser à ce qu'il doit faire. Il admire l'agitateur anarchiste Emma Goldman et, après l'avoir rencontrée, elle l'invite à se rendre à l'exposition Pan-Américaine de Buffalo de 1901. C'est ce qu'il fait, et le Narrateur nous relate cette histoire dans THE BALLAD OF CZOLGOSZ. Alors que le Président McKinley serrent la main des visiteurs de l'exposition, Czolgosz enroule son revolver dans un mouchoir, s'approche des fervents admirateurs du président et tue Big Bill.
Retour aux années soixante-dix: Samuel Byck, un vendeur de pneus au chômage, a préparer un plan audacieux pour tuer le Président Nixon et il l'explique à Leonard Bernstein (le chef d'orchestre et compositeur occupé) avec sa cassette. "Peut-être que si vous ne pouvez pas m'écouter maintenant" suggère Byck, conscient du peu de temps dont dispose le maestro, "vous pourrez m'écouter 'Tonight, Tonight...' J'adore cette chanson". Son message communiqué, il s'en va en chanter "Everything's great in American" de West Side Story.
John Hinckley aussi aime chanter. Mais uniquement ses propres compositions, s'accompagnant furieusement à la guitare acoustique. "I am UNWORTHY OF YOUR LOVE" (Je ne mérite pas ton amour) il avoue dans une ballade adressée à sa "petite copine," Jodie Foster. Lynette Fromme le regarde et fait ensuite sa propre version de la chanson, l'adressant à son amant et "nouveau Messi", Charles Manson. But Hinckley rate sa chance de prouver qu'il mérite l'amour de Jodie quand il commence à tirer sans succès sur la photo du Président Reagan qui est projeté sur le mur. En évitant les balles, l'image du Président se moque de Hinckley en plaisantant avec sarcasme sur les compétences du tireur "Où a-t-il appris à tirer? Dans l'armée russe?"
Charles Guiteau a davantage de chance. En 1881, il rencontre le Président Garfield à la gare de Baltimore and Potomac à Washington et il lui demande de le faire Ambassadeur en France. Garfield l'ignore, et Guiteau lui tire une balle fatale dans le dos. Avocat raté, prêcheur raté, politicien raté et auteur raté, l'assassin de Garfield attend d'être réincarné en ange et dans THE BALLAD OF GUITEAU (I AM GOING TO THE LORDY), il danse sur les marches de sa potence dans une joie irrepressible.
Avant l'assassinat de Garfield et avant d'être exécuté, Guiteau avait donné à Sara Jane Moore quelques conseils sur comment tirer sur KFC de manière plus précise.Mais ces lessons n'ont pas trop fonctionné. Elle tue son chien en voulant essayer de tuer le Président Ford. Lynette et elle s'embrouillent, elles retentent d'assassiner Ford mais cela échoue à nouveau...
Après la tentative abortée de faire s'écraser un avion de ligne sur la Maison Blanche, Sam Byck et les sept autres assassins parlent de leurs motivations: l'un d'eux l'a fait pour venger le Sud ravagé, une autre pour que son ami sache d'où elle venait. Maintenant ils réclament leur prix. Pour la première, ils ne sont plus affreux, amères et en colère, mais ils forment un groupe avec un but commun, ils chantent ANOTHER NATIONAL ANTHEM (Un autre hymne national) - mais ce n'est pas l'hymne que l'on chante dans un stade, plutôt celui de ceux qui n'arrive pas à y entrer. Alors que l'air s'estompe, les Blue Ridge Boys joue Heartache Serenade, et nous sommes au cinquième étage du Texas School Book Depository le 22 novembre 1963. Sur le point de mettre fin à ses jours, Lee Harvey Oswald est interrompu par Booth et les autres assassins, ceux-ci l'invitent à entrer dans l'histoire. Les assassins qui ont précédé Oswald lui disent qu'il peut les faire revenir, ceux qui viendront après lui lui assurent qu'il peut rendre leur mission possible en faisant de l'assassinat une vraie expérience américaine. Son acte peut leur donner une puissance historique en tant que force unie, et non en tant que détraqués isolés. Oswald refuse et Booth l'encourage en insistant sur le fait que quand la chambre d'Hinckley sera fouillée après la tentative d'assassinat de Reagan, on trouvera des livres sur Oswald. Par la fenêtre, on voit les drapeaux flotter, les orchestres jouer des airs patriotes, le convoi présidentiel est prêt à passer devant la foule enthousiaste. "Ici, c'est aussi l'Amérique" lui dit Booth, "le pays où n'importe quel enfant peut devenir Président, ou peut devenir un tueur de Président." Oswald décroche son revolver et s'approche de la fenêtre. Alors que le Président Kennedy meurt, son assassin prend place parmi ses confrères dans le dernier emplacement libre à la fête foraine. Il les a ramenés, il les a rendus possible et, pour ces Américains ordinaires, qui se souviendront toujours où ils étaient quand ils ont entendu la nouvelle, SOMETHING JUST BROKE (Quelque chose vient d'arriver). Leur désespoir contraste avec la joyeuse reprise de leur thème EVERYBODY'S GOT THE RIGHT (Tout le monde a droit...) à ses propres rêves.
Synopsis retranscrit d'après le site de Stacy